575 - Revue de haïku

Revue trimestrielle de et autour du haïku.

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Dis moi quel haïku tu aimes et je te dirai ...
Damien Gabriels (France)

'''Jean-Claude Touzeil'''

La cueillir, quel dommage !
La laisser, quel dommage !
Ah ! cette violette !

''Naojo''

J'aime beaucoup ce haïku pour sa savante simplicité : onze mots pour évoquer un dilemme quasiment "cornélien", capable d'émouvoir aussi bien un enfant qu'un adulte... Je le lis souvent aux maternelles et on se régale à le mettre en scène et à le "jouer" !...

'''Yves Brillon'''

Chacun a, quelque part, une maison, un grenier, un jardin secret, où vivent ses souvenirs d'enfant. Maison rénovée par mon père, mort quant je sortais de l'enfance. Maison vendue quand j'étais adolescent. Je repasse souvent devant et me reviennent alors les souvenirs anciens... chaque fois que des gens, qui ne connaissent pas ce type de poésie, me demandent de définir un haïku (5-7-5), c'est le premier qui me vient en tête. La finale, en L3, renverse la situation et force un moment de réflexion qui ramène à une sorte d'archétype de l'enfance. La maison, comme dirait Freud, est une matrice maternelle...

dans cette maison
qu’occupent des étrangers
ma petite enfance
''Yves Brillon''

'''Paul de Maricourt'''

Grimpe doucement 
petit escargot - 
tu es sur le Fuji
Avec peine avec peine
escalade le Fuji
escargot

''Issa''

Je suis pratiquement venu au haïku par ce poème d'Issa (première traduction). La démesure, le vertige, l'ironie tendre envers le monde animal m'avaient frappé, mais c'est en lisant la 2ème traduction que j'ai perçu sa dimension poignante, en résonnance avec "l'humaine condition".

'''Marcel Peltier'''

La tête en l'air -
rechercher ses mots parmi
les céréales

Ces trois lignes ont été écrites, d'un seul jet, en 2003. Ce haïku représente, pour moi, la fête, la liberté.

C'est le fruit d'une démarche vers la simplicité entreprise plusieurs années avant.

'''Jean-Louis d'Abrigeon'''

Glycine, quel bleu
De relier, tout le jour
La nuit à la nuit !

Pour moi, Pierre Calderon (que je félicite !) à atteint là, le summum de l'art du haïku. L'art du haïku est un art allusif, un art du non-dit, un art de l'ellipse. Dans ce tercet (digne d'un Grand Concours de Haïku) on a vraiment l'impression de se trouver devant une grande et belle glycine que l'on pourrait admirer chez-soi. J'ai eu la chance d'avoir de 1998 à 2003 une grande et belle glycine bleue fermant le patio de notre petit commerce de vêtements dans notre ville. Quand elle était fleurie, chaque soir je quittais ce bleu gracile pour le retrouver le lendemain dans la belle lumière du matin. Quel plaisir de ressentir à nouveau cette beauté par ce haïku ! Merci Pierre Calderon !

'''Nekojita'''

un bol de laque
l’éclat d’une grue dorée
sorti de l’ombre

La magie suscitée par un bol de laque, la sensualité de son toucher, le plaisir de sa forme, la délicatesse de son motif, symbole de longévité, m’ont inspiré cet éloge de l’ombre, un hommage à Junishirô Tanizaki.

'''Pierre Saussus'''

En janvier 1974, je participais à une sesshin avec Enomiya Lassalle. C'était l'hiver, plus une feuille sur les arbres. Au sortir d'une longue assise, nous nous promenions individuellement pour nous dégourdir. Et là, l'oiseau s'est envolé et avec lui ce poème exact dans la forme et le fond.

il vient de partir
la branche frémit encore
de son poids léger

'''Alain Legoin'''

la mer et l'enfant - 
la moitié de la plage
dans son blouson bleu

'' Alain / juillet 2007''

Un bref moment vécu. En balade en bord de mer, je passe devant une femme qui tapote le blouson d'un tout jeune enfant en disant exactement : "eh bien dis-donc tu me ramènes la moitié de la plage !" Le haïku était là, offert. Tout fait, quoi ! Mon coup de patte en clin d'oeil et voilà ... Poésie naturelle.

'''Jean-Claude César'''

J'ai 3 haïku fétiches : un français, un japonais et un américain.

Le monde est un grand mystère/ dit-il en regardant/ un carré de poireaux ''J.Antonini''

toute la journée/ j'ai marché avec un chapeau /qui n'était pas sur ma tête ''J.Kerouac''

il n'y rien dans le tiroir du bureau /que j'ai ouvert / histoire de voir ''Hosaï''

C'est comme si, à chaque fois que je tente d'écrire un haïku je voulais faire coïncider ces trois textes et retourner au silence du mental d'où ils émergent

'''Henri Chevignard'''

Nous nous embrassons –
le tournesol
se détourne

''Madoka Mayuzumi''

J'apprécie ce tournesol, détournant sa tête à hauteur d'homme, et capable de pudeur. Et qu'on pense au temps nécessaire à son mouvement, et l'on saura la durée du baiser...

'''Jean Féron'''

Au bout de mes bras
les mains désœuvrées
de mon père.

Mon père était forgeron. Du lointain de mon enfance j'ai souvenir de ses mains caleuses, malhabiles aux caresses. Et puis le temps a passé et mon père retraité a retrouvé les mains fluettes de sa jeunesse. Récemment j'ai considéré mes mains d'intellectuel s'adonnant à la maçonnerie et j'ai senti que quelque chose de mon père continuait à vivre en moi.

'''Klaus-Diether Wirth'''

mouche au plafonddans tous les sens au-dessusdu fauteuil roulant

La force d'expression de ce haiku réside dans sa gamme de contrastes dynamiques soulignée par son rythme équilibré

'''Anick Baulard'''

Un crac sous le pas
doigts d'ébène, langue râpeuse 
... la première noix

Ce sont presque tous les sens qui sont stimulés dans ce haïku. On y trouve aussi des sentiments contradictoires intimement mêlés : regret de l'été qui fuit, mais promesse d'autres joies "de saison".

'''André Cayrel'''

On est marqué à vie par les impressions et les émotions de l’enfance. La passion pour le haïku nait aussi de l’étincelle, de l’émoi provoqué par les premiers qui nous ont touchés; ils déterminent sûrement notre sensibilité et nos orientations dans sa pratique. On a aimé les découvrir, on est en harmonie avec l’image qu’ils suggèrent, on tentera d’en écrire de semblable… Par ex. :

retour de mer
les baisers sont salés
les doux seront pour le p'tit dèj'

''Denise Dudon''

Ephémère et éternel, moment magique, tous les sens, même le bruit de la mer et son odeur… mieux qu’une photo… Ah! oui, c’est un senryû, libre et fragile comme ceux que je cherche à retrouver...

'''Guy Vanden Broeck'''

Samedi au zoo -
la petite fille regarde
les moineaux.

''Bernard de Coen''

Il me rappelle ma visite annuelle au Zoo d'Anvers avec mes élèves des classes professionnelles. Rare parmi ces gars-là, un 'tendre' une fois ne s'attardait à l'île aux éléphants que pour admirer les moineaux: "Regarde, monsieur, comme ils n'ont pas peur de ce colosse!" La lecture du texte de Bernard m'a rejeté dans cette situation extraordinaire!

'''Henri Brunel'''

J'ai organisé avec l'aide précieuse de leur professeur un concours de haïkus dans une classe de sixième de NANTES. Voici celui de l'une des gagnantes:

Pleins de poussière
Les rideaux
s'endorment

''Caroline SANCET 6ème B''

Je ne sais pourquoi ce haïku me hante, quelque vieux salon où une grand-mère achève de vivre .... un instant volé à ma lointaine enfance

'''Jean-Pierre Hanniet'''

Clin d'oeil du soleil
sur la route coutumière :
mon vélo s'emballe ... 

Ces vers - écrits au retour - soulignent la vérité d'un instant où, comme par miracle, une attitude nouvelle et joyeuse s'est créée, entraînée par le simple décalage des nuages qui cachaient le soleil. Ils me la rappellent toujours vivement.

'''Eric Hellal'''

pendant mon sommeil
le foyer s'est éteint
elle est partie

''Shusen''

Ce haïku m'a marqué par sa double lecture. Une première lecture montre le réveil d'un homme, au foyer éteint (iroli en japonais), il réalise le départ. Une deuxième lecture va plus loin. Le sommeil symbolise les absences de l'homme. Peut-être a-t-il été trop absorbé par son travail ou par des distractions ?

'''Isabel Asunsolo'''

Je ne peux pas dire que ce soit LE favori, mais UN que j'aime bien

les cimes se balancent
au-dessus des troncs
immobiles

''(Vincent Delfosse, jeune haïkiste décédé l'été 2007)'' J'aime ce Haïku par le contraste entre mouvement et immobilité, rigidité et souplesse, permanence et impermanence... Et l'humain, si petit, qui regarde vers le haut


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