575 - Revue de haïku

Revue trimestrielle de et autour du haïku.

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Sans titre - André Cayrel
André Cayrel (France)

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Dans mon rêve
je m’endors dans ses bras
en rêvant


   Vue de dos on dirait une japonaise.

   Sur ce chemin étiré mon cou aussi se bride, mes bras toujours se balancent avec une étonnante régularité d’avant en arrière, le pouce devant, l’auriculaire derrière, très loin derrière, pendant que le haut de ses cuisses épousent la cadence de mes mains. Avant, elle sautillait, presque nue, au milieu de ma nuit. Ses seins n’étaient pas blancs mais comme éclairés de l’intérieur. Sa bouche silencieuse me snobait. Au petit matin, c’est elle qui court après moi sans jamais me rattraper. Je vois tout pourtant, le tissu qui danse, le nylon humide, la peau brillante et les courbes qui s’élancent dans un murmure confus ; une solitude immense aussi entre l’expression du désir et l’espoir fragile du plaisir. Une voix ondule et fait lever ses bras. Une mélodie la caresse en équilibre. Elle est si belle avec ses mains posées sur le ciel. Moi, en bas, j’ai une sorte de virus orphelin de mère, le B je crois, celui qui rend hyper lucide, qui rend fou quoi. Suspendue au ciel elle me fascine et me fait signe. Je la prends en photo, plusieurs fois. Le jour se lève, il faut qu’elle refasse sa nuit, elle a un petit pli sur son sourire. Le bout de sa lèvre a un goût précis de dentifrice et une odeur vague de patchouli. Calme et vierge, jonglant avec d’autres nuages elle monte dans le ciel et disparaît un peu, puis beaucoup. Dans ces conditions je n’essaie même plus de la suivre. Une autre fois peut-être, quand je serais plus jeune et encore endormi. Je me réveille en rêvant toujours ou l’inverse, en pensant que cette nuit ma barbe va encore pousser, des poils nouveaux qui n’auront pas connus les siens.

   Après j’ai encore rêvé du Fuji Yama…
Au petit jour
quelques tâches blanches
bien réelles
André Cayrel

Copyright André Cayrel, 2008