575 - Revue de haïku

Revue trimestrielle de et autour du haïku.

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P comme promenade - Amel Hamdi Smaoui
Amel Hamdi Smaoui (Tunisie)



   Ciel bleu, premier soleil chaud d’un printemps timide et l’envie d’une marche.

   De la Goulette ma ville d’adoption à Carthage, du grand port moderne aux ports puniques de l’antiquité, mes pas m’ont souvent menée, prolongeant parfois ma promenade jusqu’au village mythique de Sidi bou Saïd.

   Enjamber des pans et des pans d’histoire en quelques heures : que de rencontres muettes entre ce qui fut et ce qui est !

   J’évite la grande avenue, je traverse le pont, certains pêcheurs ont déjà levé l’ancre et pris le large.
Marins bredouilles —
Relayant les chants du matin
l’ébriété du soir


   J‘emprunte les petites rues qui longent la mer.

   Bougainvillées, hibiscus et jasmin débordent des grilles des jardins, des murailles gardiennes.

   À peine ai-je dépassé Le Kram que je tombe sur le lac de Salambô... La légende par Flaubert superbement racontée.
Dimanche matin --
le lac pas une ride
mais que de reflets !


   À partir d’ici, c’est Carthage, les mosaïques portent le nom de rues : Hannibal, Amilcar, Hanon... sont à l’honneur.

   Errer d’un quartier antique à un autre, d’un vestige à un autre, on ne se perd pas mais l’histoire nous happe.

   Carthage et Rome sa rivale qui a fini par la détruire, se sont entendues pour nous laisser des traces de leurs civilisations, réparties entre rivages et hauteurs.

   Ports, maisons et cimetières puniques, amphithéâtre, villas romaines, thermes...
Gardées par les grilles
un peu d’herbe sur les tombes --
les ruines de Carthage


   Mais le temps passe vite malgré le silence religieux qui règne sur les lieux.

   Partir sans se retourner, tant de choses à voir encore...

   Tout droit le village du soufi Sidi bou Saïd, tout en hauteur. Avant même d’atteindre la colline, le village annonce ses couleurs :
Le bleu et le blanc
le profane et le mystique
ainsi Sidi bou Saïd


   Ici, juste marcher ou s’asseoir à la terrasse d’un café et laisser son regard se fondre dans l’azur de la mer, se heurter à la montagne de l’autre rive. S’abandonner à la magie de l’endroit : maisons, portes, ruelles, végétation luxuriante et visiter le marabout si le coeur nous en dit.
Amel Hamdi Smaoui

Copyright Amel Hamdi Smaoui, 2008