575 - Revue de haïku

Revue trimestrielle de et autour du haïku.

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Le haïku zen occidental
Claire Gardien (France) présenté par Daniel Py

Haikus zen

marcher dans l'ombre
jusqu'à la nuit profonde
la lune, un guide
repos à l'ombre -
au-dessus des arbres
flottent des ondes de chaleur
seule dans la forêt 
confier à la nature
les maux de la vie
cabane au fond des bois
devenir bois soi-même
~ un oiseau sur la branche...
sur les nervures d'une feuille
fixer le regard
~ méditation
le canot glisse sur l'eau
sereines, les pensées
glissent au fil de l'eau

haikus urbains :

lumières éteintes -Haikus
la ville s'endort
dans les bras de la nuit
sur une planche à roulettes
slalomer
entre les piétons
fontaine Saint-Michel -
en robe de dentelle
~ aspergée de gouttelettes 
jardin du Luxembourg -
glace et débardeur
~ pensées soleil
cinquante kilomètres -
le 'streetcar'
de San Francisco

Haiku d'action

pédaler encore, plus...
exploser ses muscles
jusqu'aux Champs-Elysées

Haiku de réflection

des individus
une société
chacun pour soi

Le zen occidental:

Il me paraît mixte. J'essaie de m'expliquer :

D'une part, je vois autour de moi, ce besoin d'espace qui recouvre celui de liberté et celui d'indépendance, indispensables à l'équilibre humain de nos sociétés de villes, devenues (pour certains) trop policées ; l'être humain d'ici, peut-être trop sollicité, éprouve un besoin de se fondre dans la nature, dans le non-bruit, de laisser vagabonder son esprit. Mais, ce besoin ne semble jamais satisfait, d'où l'évasion vers des pays lointains en groupes, ce qui dément ce que j'ai dit précédemment, et que, personnellement, je n'associe pas à l'esprit "zen".

En effet, l'homme occidental semblerait se croire immortel, et, à jamais, insatisfait, des plaisirs accumulés. Les bonheurs du passé paraissent obsolètes, maigrichons ; le maître mot d'aujourd'hui est, donc, "profiter et profiter encore", "s'éclater"; l'a-temporel : l'éternité, l'infini... prendraient désormais un sens concret; l'homme ne se connaît plus de limites, et même le présent prend un goût de passé. Il semblerait donc, que l'éloignement apporte à certains un côté "zen" autre.

Sinon, le "zen", tel que nous l'entendons est un détachement de la réalité journalière, savoir en tirer profit par le repos, la connaissance, la culture, le sport... selon l'entendement de chacun.

On comptera également le besoin d'un retour aux valeurs antérieures de nos ancêtres, tel la valeur de l'instant, la mesure et l'importance du geste, du moment savouré à sa juste valeur; la rusticité de la vie hors des villes, de la haute technologie; certains prônent un retour aux valeurs d'antan, celles de nos ancêtres.

Mais, travail en ville, vie à la campagne, par exemple, est-ce vraiment "zen" ? Il me semble qu'il s'agit d'une autre course à caractère sociétal.

En conclusion, le "zen", je le trouve dans une rencontre avec la nature (Emerson-Thoreau-Rousseau), une communion avec cette dernière, un rapprochement entre les sociétés de villes et de campagnes.

Mais aussi, dans la culture ; un bienfait spirituel ! L'amour du beau provoque une satisfaction, un bien-être : L'art fait réfléchir, et dans cette réflexion, on note un 'repli' sur soi-même, c'est-à-dire, un temps de calme voué à l'étude et à la concentration. Que je regarde Monet ou Dali, je vois des thèmes qui me touchent (la nature chez l'un, l'abstraction des idées ches l'autre)... Renoir, Mary Cassatt... je vais suivre les traits car j'y vois beaucoup de zen, et le simple fait de suivre le trait de l'artiste est "zen". Je vois beaucoup de "zen" dans la peinture intimiste hollandaise : les portraits, mais aussi, les intérieurs dans ces teintes sombres où le coin d'une pièce est éclairé par une bougie ou une petite vitre. Cet aspect 'apaisant et sage' m'est très zen.

L'esprit occupé me semble justifier la réussite de cet aspect "zen" chez l'homme, contrairement au silence total qui engendre un fourmillement d'idées dans l'esprit et une ouverture à tous les bruits extérieurs.

Soyons "zen", vivons simplement pour cela et cultivons notre esprit !

Claire Gardien


Copyright Claire Gardien, 2008