575 - Revue de haïku

Revue trimestrielle de et autour du haïku.

Accueil - Retour au numéro


Kyobun
Isabel Asunsolo (France) présenté par Daniel Py

A force d’en lire
je ne supporte plus rien
que les Haïkus
« Tu vas finir
par publier des livres
tout blancs »

(i.A)

Autour de ces deux textes, je trouve trois aspects qui pointent ma préférence pour le Haïku : le Haïku vs la Poésie longue, l’Expérience vs la Fiction et… la recherche du Vide. La voix qui parle est à la fois celle de la lectrice, l’auteure et l’éditrice.

Le Haïku ''vs'' la Poésie longue.

J’ai découvert le Haïku en avril 2004. Dominique Chipot et Thierry Cazals étaient à Chantilly pour une fête de la Poésie et j’ai parlé avec l’un et l’autre sans savoir la place que le Haïku prendrait dans ma vie. Avant, j’écrivais des poèmes longs, avec une tendance à me concentrer sur l’instant (« ''dérouler à l’infini le tapis du présent »''). Le Haïku a été un raz de marée dans ma vie qui a même pris place dans mes rêves.

Je me réveille
le souvenir de Haïkus
composés en rêves

(2004)

Régulièrement, je trouvais/je trouve que la poésie est une vaste ''arnaque ''! Il est trop facile de manipuler son lecteur, de l’entraîner, ce que le Haïku ne peut pas faire, me semble-t-il (Est-ce que le Haïku peut ''séduire'' : « ''faire changer'' son chemin à quelqu’un » ? Ce serait intéressant d’étudier ça, pour un autre article ?)…

Plus je lis de vers
et plus j’aime
les Haïkus

(2005)

Plus je lis des Haïkus et plus le long m’est difficile. Le superflu saute aux yeux ! Pourtant, il m’arrive encore de lire des pages d’écriture poétique longue, il me semble que je les lis comme on boit, sans prêter attention vraiment. C’est une lecture automatique, on pourrait imiter ce genre de texte, comme un jeu. La plupart du temps l’auteur cherche à faire joli, à jouer avec les mots et si je ne me rendais pas compte avant, je m’en rends compte maintenant. Dans ces pages lues à la va vite, surgit parfois l’image d’un très bon haïku. A ce moment là, j’arrête ma course, je me concentre à nouveau. Il me semble qu’il n’y a pas de temps à perdre, je ne souhaite pas me « distraire » !

Mon ordinateur, intelligent, témoigne de cette évolution : avant, le dossier « Haïku » était inclus dans le dossier « Poèmes » inclus dans le dossier « Personnel » . Maintenant, le dossier « Haïkus » se trouve directement sur le « Bureau ». Dans mes étagères aussi, le rayon Haïku grandit (!) par rapport à la poésie longue…

dernier jour de l'an  ~
une étagère entière
pour les Haïkus

(2008)

L’Expérience ''vs'' la Fiction.

En tant que lectrice rien ne me semble plus intéressant que l’expérience de l’auteur. Les images mentales comme origine de l’écriture ne me parlent pas/plus. Il me semble qu’elles sont créées de toutes pièces par les peurs, les phobies, les idées reçues et ne proviennent pas d’une expérience originale. Les images mentales paralysent l’écriture, l’attention à la réalité et même : elles la masquent. Combien de poètes trop occupés à écrire une « poésie élevée » ne sont pas attentifs à ce qui les entoure… Mon éloignement de la fiction se confirme comme éditrice aussi. L’aventure inventée de toute pièces par l’auteur est engloutie par le lecteur qui tourne les pages… Mais une fois le livre fermé, que reste-t-il ? Je suis devenue sceptique. Un Haïku, lui, est toujours unique et inimitable.

La recherche du Vide.

Il y a le désir de silence, de repos des mots. De vide blanc dans le désordre. Peur du bavardage mais aussi désir (de vivre) de peu, loin d’une tendance naturelle à l’éparpillement et au désordre. Le Haïku, si petit, satisfait cela. Derrière ça, il y a au fond le désir de '''communication essentielle'''. Envers moi-même mais aussi envers les autres. Pour leur rendre la vie plus facile ?...

Reste la question : pourquoi continuer à faire des livres alors qu’il y en a tant ? Il faudrait pratiquer la décroissance à tous les niveaux : publier moins de livres et créer plus de lieux de rencontres (virtuels et physiques) pour les auteurs et lecteurs. Je ne veux pas publier des livres pour accroître la pléthore éditoriale. Et dans la présentation des textes, pourquoi du vide autour ? La présentation légère - un texte par page - avec de l’espace autour sert à créer quelque chose. L’espace vide physique est pour moi symbolique '''du lien''' que je veux créer avec le lecteur. J’ai reçu des livres offerts par des inconnus lors d’une chaîne du livre. Seuls les livres accompagnés d’un mot m’ont parlé…

Le livre est un objet, se distinguant des publication électroniques, avec un poids spécifique, un odeur, un contact. Physiquement, il est envoyé par courrier, il est touché par différents intermédiaires, transmis de main en main. Le livre prend sa valeur là. Et aussi dans '''les rencontres''' que l’on peut créer autour, dans une librairie par exemple. A la prochaine : le 24 janvier 2008 à La lucarne des Ecrivains, rue de l’Ourcq à Paris… auteurs autour du Haïku, venez !

isabel Asúnsolo, décembre 2008


Copyright Isabel Asunsolo, 2008