575 - Revue de haïku

Revue trimestrielle de et autour du haïku.

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Editorial
Meriem Fresson (France)



   Mes études achevées, je peux reprendre le relais passé à Serge Tomé pour le numéro précédent. Je retrouve le haïku et le haïbun avec un enthousiasme que j'aimerais vous faire partager. Une nouveauté arrive au programme de ce numéro : des traductions de textes théoriques.

   Cette démarche résonne avec un ''kyôbun'' que m'a fait parvenir Daniel Py pour ce numéro. Je vous laisse l'apprécier :

En lisant ''La Faim du tigre,'' de René Barjavel, hier

« un mythe vidé et conservé par des artifices est comme un corps vidé de son sang et conservé par des aromates : une momie desséchée, caricature de l'organisme vivant qu'elle fut autrefois. »
(p. 191-192, coll. Folio, n° 847, éd. Gallimard, Paris, 1976)

m'est venu ce kyôku :

Le haïku d'aujourd'hui
est-il une caricature
du haïku d'autrefois ?

Daniel Py
16/11/06



   Le haïbun français n'a pas encore d'histoire... La tentation est vive de lui chercher des appuis dans la tradition japonaise ou dans l'expérience, plus proche, des anglophones. Tout en évitant de tomber dans la caricature, il me semble important de nous pencher sur ces modèles, qui peuvent nous éviter quelques écueils par lesquels d'autres sont déjà passés.

   À ceux qui veulent réfléchir sur leur pratique du haïbun, je propose donc de lire la traduction de deux textes théoriques de Bruce Ross, qui a contribué au développement et à la connaissance de la forme aux États-Unis. Je tiens à le remercier chaleureusement d'avoir accepté que ses textes soient traduits et publiés dans ''575''. Je remercie de même l'équipe de la revue ''Simply Haiku'', qui a également autorisé cette traduction, ainsi queFleur Kuhn, qui a contribué par son aide à vous apporter une traduction la plus fidèle possible. Dans ces essais, Bruce Ross retrace un brin d'Histoire du haïbun japonais et mondial, et met l'accent sur l'importance du lien dans le haïbun, une idée que je partage. Il y donne quelques conseils d'écriture en pointant les écueils à éviter. On retiendra également l'idée que la prose du haïbun n'est pas n'importe quelle prose.

   Le temps passé depuis l'âge d'or du haïbun l'a recouvert, au Japon, d'une épaisse couche de poussière. Les auteurs japonais commencent tout juste à le débarrasser de ses toiles d'araignées, en réaction à la redécouverte de la forme en Occident. À nous aussi d'offrir un sang neuf au haïbun.

   Deux auteurs se sont lancés pour lui redonner les couleurs de la vie.

   Paul de Maricourt nous emmène dans le désert. Rien à voir avec les momies, nous sommes en Algérie. Avec beaucoup d'humour et un brin de nostalgie, il va et vient entre présent et passé. Il croque les voyages de groupe, les grands espaces, les petites bêtes.

   Lydia Padellec nous entraîne dans sa rêverie. Qui a dit que le rêve ne faisait pas partie du vécu, dont la peinture exclusive serait prônée dans le haïku ? Plongés dans cette brume fantastique, on se rappelle en lisant les contes japonais mettant en scènes des fantômes féminins à la beauté diaphane, écrits avec l'emphase d'une poésie lyrique de la nostalgie. C'est un texte de saison que ce ''Neige'', où le froid exacerbe toutes les sensations. Chaleur de l'intérieur, d'une écriture qui enveloppe. Autour de la fenêtre, dehors, dedans, le point d'où elle voit, d'où le lecteur imagine.

   Deux courageux seulement ? J'espère de tout cœur que vous serez plus nombreux à relever le défi lors du prochain numéro !

'''Meriem Fresson'''


Copyright Meriem Fresson, 2008