575 - Revue de haïku

Revue trimestrielle de et autour du haïku.

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La crise de l'édition du haïku
Serge Tomé (Belgique)

Le haïku est un objet petit. Cette taille est le paramètre fondamental pour comprendre la dynamique de cette écriture.

Sa production, diffusion accèlérent les processus habituels et normaux de l'écriture "plus conventionnelle".

Pourquoi ?

Un auteur écrit de l'ordre de 300 haïkus par an, peut les diffuser au niveau mondial en moins d'une semaine. Les enjeux économiques, créatifs sont faibles. Un auteur peut expérimenter à moindre coût, à la fois dans son écriture et dans sa diffusion.

Dans le cas du roman, on parle d'un cycle de 18 mois voire plus. Les enjeux économiques, créatifs sont lourds. L'écriture suppose une mobilisation personnelle importante, un cycle technique, une mobilisation de ressources et de capital importantes.

La communauté haïku est donc un beau laboratoire des techniques émergentes et un lieu d'expérimentation exceptionnel car tout y va très vite. C'est aussi un observatoire des pratiques éditoriales, sociologiques, des relations et de la dynamique des groupes, des personnalités.

Il faut cependant distinguer le haïku utilisé "à la pièce" des séquences montées en recueils qui rejoignent la dynamique du livre.

Le haïku, c'est la mouche drosophile de la littérature !

Dans la communauté francophone, en moins de 5 ans, on est passé de la liste internet à la crise de l'édition. Un beau sujet d'études.

Trajectoires observées

[[v03n1STEdition.jpg| |evolutions| ]]

Les auteurs, diffuseurs se cherchent des stratégies mis sous pression par les dialectiques suivantes :

Diffuser loin, vite <> Faire du papier qui voyage peu et très lentement.

Avoir un cycle d'édition bref, pouvoir diffuser beaucoup <> cycle d'édition long, diffuser peu.

Diffuser pas cher en s'affranchissant de contraintes <> Modèle économique classique basé sur l'équilibre dépenses / recettes..

Diffuser des idées <> Vendre de l'information.

Faire plaisir aux lecteurs <> faire plaisir à l'auteur <> Plaisir/pouvoir/puissance de l'éditeur.

Ne pas avoir de support défini <> Support de qualité actuellement irremplaçable.

Statique (livre) <> Dynamique (objet diffusé)

Etre connu <> Rester connu de peu.

Etre copiable, volable mais connu <> Garder ses droits et les faire valoir.

Etre connu par ses oeuvres <> Etre connu par sa capacité à produire des oeuvres.

Etre connu maintenant <> Etre encore lu dans 50 ans.

Chacun se cherche sans se rendre compte que le problème ne se pose pas en ces termes.

Chaque media a ses spécificités, son marché, son modèle économique. Il faut une réflexion plus profonde pour utiliser chaque outil à son usage. L'électronique n'a pas tué le livre (pour l'instant). Il l'aiderait même car l'édition et surtout la diffusion de la présence des livres n'a jamais été aussi florissante. On lit plus qu'avant.

Pour comprendre les évolutions, il faut sortir du problème, redescendre au niveau du matériau, de penser à ses réutilisations possibles, à son stockage au niveau de la société culturelle.

Axes de mutation

- Admettre la réutilisabilité des matériaux sur divers supports

- Comprendre la libre circulation de l'information, la place du "donné" par rapport au "vendu".

- Comprendre le glissement de notions de droits d'auteur, de la possession de l'oeuvre vers la reconnaissance de la capacité à produire des oeuvres nouvelles. Comprendre ces implications dans le déplacement de la notion de "reconnaissance" de l'auteur.

L'auteur et le diffuseur doivent surtout chercher la raison pour laquelle ils accomplissent ces actes : produire, possèder, montrer, faire connaître, faire et se faire valoir.


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