575 - Revue de haïku

Revue trimestrielle de et autour du haïku.

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Haïku !
Thierry Casasnovas (France) présenté par Serge Tomé

Je constate très souvent une forme d'agacement, pour ne pas dire plus, à la lecture de la plupart de nos séries de haïkus non pas qu'ils ne soient pas de qualité mais pour moi "ça tourne en rond" même themes rabachés, ressorts maintes fois usés et surtout relative superficialité....

En fait, je serais poussé à penser que l'on souffre de fixisme a force de lire des auteurs "classiques" du haïku japonais, une sorte d'autocensure qui fait que l'on rabache sans cesse les mêmes themes comment se fait il que la politique, les guerres, les drames humains,l'actualité soient si peu présents dans nos écrits ?

A force de lire des haïkus qui ont plus de trois siècles, écrits par des moines, on se met à écrire comme des moines japonais d'il y a trois siècles...

Or je ne crois pas que ce soit ce qui nous est demandé au travers du haïku...le haïku est une ode au présent, intensément présent, comment peut il ignorer les tragédies actuelles ?

Les japonais contemporains nous ont pourtant montré l'exemple avec tous les haïkus écrits sur Hiroshima....

Le sentiment d'impuissance est un ressort manifeste des formes de pouvoir contemporaines, le "j'y peut pas grand chose". La manifestation pancartes rageuses à l'appuie est l'apothéose de l'expression de nos frustrations...

Un haïku réussi est tranchant, sans concession, il peut couper le souffle et infliger une véritable gifle à la personne qui le lit. Je prends de plus en plus conscience que ce sont ces qualités là qui peuvent être un aiguillon salutaire, qu'il ne tient à moi que de les cultiver et orienter mon écriture.

Je ne supporte plus de parler de mon poêle, des fleurs du cerisier à venir ou des feuilles de mes salades si cela n'ouvre pas sur le monde....le monde est grinçant, hurlant, je désire que mes haïkus hurlent, crachent, crient.....

L'embourgeoisement est un risque permanent, bien à l'aise dans "notre" petit cercle de haïjins, à s'auto-congratuler, à produire du même à l'infini...

Si l'on me dit "ce haïku est beau", j'en déduis qu'il est raté. Si l'on me dit "ce haïku m'a ému, ébranlé, ulcéré, révolté" je suis tenté de croire que j'ai pas mal réussi.

L'écriture est un outil qui devient bien vite vain si on l'utilise pour lui même. Le haïku n'y échappe pas selon moi....

Il y a des urgences autour de nous, des challenges humains à relever, par l'écriture nous pouvons peut être apporter notre touche mais à ce moment là il faut désirer sortir des règles figées, des carquants, sortir dehors, se mouiller

C'est à chacun de faire son choix, mais pour ne pas tomber dans le grotesque et la caricature, je me plais à penser que la seule issue est l'ancrage direct et profond du haïku dans le monde contemporain.


Copyright Thierry CasasNovas, 2009