575 - Revue de haïku

Revue trimestrielle de et autour du haïku.

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Le Jardin
Lydia Padellec (France)

Cela commence par un geste. Un simple geste de la main. Doucement, comme au ralenti d’une scène de cinéma. Une main levée vers les yeux. Dans l’éblouissement d’une attente. Le jardin est là, immaculé de lumière blanche. Peu à peu, l’aveuglement s’amuït, la couleur apparaît. L’ombre aussi. Celle du grand chêne penche toujours vers l’hortensia. Tordu, mélancolique. Le corps d’un vieillard avec le bleu du ciel sur le dos.

L’odeur de lavande. Le souvenir fugitif d’une petite fille qui court dans l’herbe. Son rire se pose sur chaque feuille. Il descend le long des branches, résonne au creux des troncs. Enfermé, un oiseau dans sa cage. Le frisson d’une chute, d’une perte. Un jouet, autrefois rouge, trône parmi les pâquerettes. Cassé, oublié.

Un moineau se laisse emporter par le vent, traverse le jardin. Une étoile filante en plein jour. Saisir l’insaisissable. Mais non, les absents ne parlent plus. Je les regarde s’éloigner, lentement et légers. Des particules de lumière, fines, à peine visible…

Déjà le soir tombe et l’encre sèche sur le papier. Les portes du jardin se referment sous mes yeux. J’ai rapporté quelques brins de lavande. L’odeur imprègne la pièce. Puissante. Douce. Entêtante.

Jardin de grand-mère –
l’odeur fragile
du souvenir
Lydia Padellec

Copyright Lydia Padellec, 2009