575 - Revue de haïku

Revue trimestrielle de et autour du haïku.

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Haïbun au rouge-gorge
Isabel Asunsolo (France)

Retour à pied par le Thérain. À Villers-Saint-Lucien, après la rue des Philosophes et les jardins ouvriers, sur le trottoir devant moi : un rouge-gorge immobile. Je le prends dans ma main. J’observe bien le gris presque bleu au coin de son œil. La tache orange fauve sur le front forme une ligne concave. Il a l’air de s’endormir dans ma main, ses yeux se ferment un peu. Un fin voile les recouvre. Est-ce que les oiseaux ont des paupières ?

Il n’a pas de blessure apparente (comme ses pattes sont fines !) et son cœur n’a pas l’air de battre exagérément vite. Je sais qu’Irène va arriver par ce même chemin, à vélo. La voilà. Elle s'arrête.

rouge-gorge à la main
ma fille arrive
les joues toutes rouges

Le rouge-gorge ouvre bien les yeux quand on lui parle, il entend très bien. Il est sensible aux coups de marteau dans une maison quelque part dans la rue…

matin de septembre
le rouge-gorge dans ma main
écoute l’avion

Avec Irène on se demande quoi faire. L’éloigner de son territoire pour l’emmener chez nous, où il risque d’être embêté par les chats ? Irène partie, je continue à marcher avec le rouge-gorge dans la main : sa tête émerge au-dessus de mon pouce recourbé, son ventre et ses pattes apparaissent en-dessous. Ma main semble lui aller parfaitement…

pile la bonne taille
le rouge-gorge
dans mon poing

Quelques pas plus loin, j’arrive près du vieil abreuvoir rouillé plein à ras-bord d’eau de pluie.

abreuvoir rouillé
y plonger délicatement
le bec du rouge-gorge

Le bec ne s’entrouvre pas mais l’œil devient plus vif. Je relâche un peu ma main et…

soudain de ma main
le rouge-gorge...
vers le cerisier
isabel Asúnsolo,
lundi 8 septembre 2008

Copyright Isabel Asunsolo, 2009