575 - Revue de haïku

Revue trimestrielle de et autour du haïku.

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Haïkus !
Claire Gardien (France) présenté par Serge Tomé

(en réponse à Thierry Casasnovas)

Lire les haijins japonais nous conditionnent à entrer dans un monde de moines de presque un demi-siècle, et à une référence à la nature qu’il est très difficile de percevoir aujourd’hui comme ils ont pu la ressentir si implicitement, au point de chercher refuge auprès d’elle pour mourir en paix.

Ce monde-là n’avait que la nature pour référence. Point d’histoire référencée, point de relations internationales, point de désastres écologiques, économiques, de drames humains, de journaux et tabloïds, de chiffres, de médias… Le Japon vivait par et avec lui-même, si loin des autres civilisations, et, oh combien, loin de la mondialisation.

Un monde clos sur une nature vierge, sur le mot, l’encre et le dessin. Pas de sociétés policées, pas de villes tentaculaires engendrant des faits de sociétés si difficiles à résoudre. A force de lire cette littérature cadrée au pied du Mont Fuji, à force de lire des modèles d’écriture qui schématisent une pensée, nous reproduisons ces schémas où le vieux s’oppose au nouveau, où la terre a pour reflet le ciel, et la ciel, la terre.

Pourtant, le cerisier risque de disparaître avec le réchauffement climatique. Pourtant, les échauffourées sociales font trembler la vie de la planète elle-même, sans compter les catastrophes écologiques auxquelles le Japon (entre autres) peuvent succomber et être effacés de la terre.

Nos haïkus vacillent sur un monde irréel et virtuel, en tentant vainement de traduire une réalité écologique d’antan ; en même temps, notre connaissance de la nature est bien disparate, puisque si certains d’entre nous vivent à la campagne, il n’empêche que leur monde est en ville (supermarchés, consommation, le virtuel des choses).

Le haïku est une forme poétique essentielle du caractère japonais et ne saurait être dissocié de l’étude littéraire orientale. Pas davantage que son histoire dans les temps anciens, ni au travers des âges, son évolution. Il a fait preuve d’humour (l’un de ses traits fondamentaux), et le senryû, d’ironie. Ce sont des traits que nous reproduisons mal, dus à nos problèmes de société qui parsèment de sinistrose nos relations avec la vie et la société. Pour combattre cette sinistrose qui enferme les jeunes générations dans des catastrophes humaines semées de rébellions, il serait pourtant bon d’avoir recours à l’écriture de portraits de société. Et, ceci, afin de dédramatiser un monde en chute libre. Le senryû, pourquoi pas un remède ? Comme les dessins de Plantu ou… ? Une façon d’exprimer un ressenti, un exutoire au mal qui ronge la jeunesse de ne pas voir d’issues aux problèmes relationnels, de chômage…

Ce qui n’évolue pas, recule… Le dicton l’a toujours affirmé. Alors, mettons le haïku au goût du jour, donnons-lui de nouvelles lettres de noblesses. Il est une forme courte, capable de faire passer des messages, d’imager des réalités, de parler histoire, économie, politique, de faire circuler l’information tout en laissant à l’autre le choix de sa propre interprétation. Pas d’enfermement politique, donc, dans le haïku. Il ouvre et s’ouvre à la discussion. Nos haïkus sont bien trop souvent minimalistes en leurs genres, pire encore, implicitement parlant, presque inexistants. Il faudrait aussi travailler cette formule.

Le haïku est un mode d’expression qui semble pouvoir s’adapter à tous domaines.


Copyright Claire Gardien, 2009