575 - Revue de haïku

Revue trimestrielle de et autour du haïku.

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La cinquantaine
Michel Berthelin (France)

Le cœur s’en remet aux cendres des souvenirs, couvant en son sein des feux attisés par les trahisons de l’existence, chaque instant qui m’accompagne s’appelle « Liberté ». La jeunesse passant sublimée, incontournable vérité, la cinquantaine est arrivée. Son long cortège des saisons. Ode du temps se plaisant à me fuir, la porte entrouverte sur l’ombre où se tissent les proches devenirs.

Aux frondaisons vertes
Parsemée de toits de tuiles
Horizon d’azur !

Vigile de l’éternité mais le pas parfois incertain. Tête toujours pleine et le cœur souverain. Conscience ivre et nerfs à vifs, la cinquantaine est bien là et m’ébouriffe, et, mes pas comme toujours, peu certains, se posent là où personne n’ose les guider. Mais je ne puis ignorer et demeurer froid aux cortèges des révoltés guettant l’incartade. Abandonné et solitaire en ce dénuement, au futur encore vide de ma fragile vérité, je dis :

Qu’est-ce l’éternel ?
Quand l’instant n’en finit pas
L’auguste semeur
Des fourmis partout
Visiteuses bien imprévues
Vite un tamanoir !

La lie du vin dont la robe se dégrafe, est à la lumière des transparences, j’admire le jambage s’écoulant au long du cristal. Un demi-siècle sous la voûte du ciel, me voici donc en cinquantaine, avec ces amours furtifs mais incandescents. Ce sont les derniers feux embrasant mon cœur.

Camaïeu de gris
Un ciel décourageant règne
Envolée d’oiseaux

Voici l’angélus sonnant, moi qui n’ai pas de laraire, vite fourguez-moi un dieu lare pour m’absoudre, c’est absurde ! Mais sait-on jamais, car je suis en cinquantaine entre le croire et le décroire. C’est la seconde mi-temps, il ne faut pas se relâcher. Prendre tout son temps la vie est toujours trop courte ! Bois donc ce gorgeon !

Soleil au larmier
Souvenirs d’adolescence
Les jambes mutines

Ici le temps s’immobilise, à Clamecy petite ville morvandelle, ici les gens sont imperturbables, sauf au rade où l’on jase et l’on se gausse d’un rien face au siècle nouveau. Loin des villes grondant, grouillant de laborieux en perpétuel trajet quotidien pour aller quêter le Graal de leur vie, paraît-il. Je suis en cinquantaine depuis peu et ces grandes villes ne sont plus que souvenirs à mon esprit pointilleux.

Compagnons perdus
Le temps de se séparer
Là à l’encoignure !

Sous le soleil ardent, la cinquantaine se déguste sans modération, les jours se succédant et l’on se rappelle du temps où l’on roulait la bosse. Et de cet antan quelques photographies demeurent en nous pour tout souvenir.


Copyright Michel Berthelin, 2009