575 - Revue de haïku

Revue trimestrielle de et autour du haïku.

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Flous les haïkus?
André Cayrel (France) présenté par Meriem Fresson

De l'ambigüité dans le "haïku occidental"(1)...

Il peut y en avoir dans sa formulation: c'est lié à sa nature et à son esprit qui privilégie l'ouverture, le "non dit", le flou, mais aussi parfois dans les excès que cela permet: comment et jusqu'où ne pas dire?! (explicite ou non, " le haïku veut toujours dire quelque chose" Jean Sarocchi )

Privilégier la suggestion, l'implicite (qui trop en dit rien ne dit!), masque parfois des dérives liées à la difficulté de traduire ou simplement de dire ce que l'on voit ou ressent.C'est un peu la même problématique avec la musique expérimentale, l'art conceptuel ou  abstrait… On ne les conçoit et les apprécie au final que si l'on a assimilé et admis tout ce qui précède, si l'on parle le même langage (je simplifie un peu!); sinon on est dans la supercherie, l'arnaque, au mieux le malentendu. Si j'osais, je dirais que trop de "non dit" tue le "non dit" ou que le vide métaphysique peut vite se confondre avec la vacuité intellectuelle… et qu'alors il vaut mieux privilégier le silence!

Qu'il est tentant, lorsqu'on ne peut exprimer une sensation, une impression de penser qu'en s'abstenant de les formuler de façon significative l'autre saura faire ce que l'on n'a pas su.Si l'on arrivait toujours à traduire concrètement toutes les choses géniales que l'on rêve, imagine ou entrevoit le monde serait plein d'artistes géniaux, dans tous les domaines: les photos prises uniquement avec l'œil, le roman élaboré que dans la tête, la peinture virtuelle!!

Ben voyons!

Le haïku, par la simplicité apparente de sa réalisation, est, plus que d'autres formes complexes d'expression artistique, souvent victime de cette facilité… qui favorise aussi son accessibilité et son succès!
La sincérité et l'humilité dans la pratique semble être les meilleurs remèdes à ce travers… Pour les lecteurs, un peu de lucidité et un certain naturel éviteraient parfois de prendre des clichés pour des lanternes… et les points de suspension pour des points de vue… :-)

L'esprit n'est rien sans la matière
Comment formuler un baiser

(1) Peut-on parler de haïku occidental… ou français… ou canadien!? Oui, si l'on considère les différences de mœurs, de culture, d'écriture… Même en essayant de s'imprégner de "l'esprit haïku", on ne voit pas trop pourquoi et comment écrire "à la japonaise"… sauf à risquer en les singeant de tomber dans des "japoniaiseries" et dans ce qui constitue parfois une caricature du haïku : la mièvrerie. Des japonais conseillent de plus en plus aux occidentaux d'écrire de façon originale en gardant ce qui fait leur identité et leur particularité.(2)Après, la dénomination compte peu… le Dieu de chacun et surtout l'amateur reconnaitra les siens!

(2) "Le genre du haïku s’est répandu d’Orient en Occident et les haïkus internationaux n’ont pas besoin de s’étendre sur les quatre saisons de l’archipel japonais ou d’imiter la structure 5-7-5 du haïku japonais. Rompre avec le thème poétique clé du style japonais qu’est la beauté de la nature est précisément ce qu’on peut attendre de la section internationale. Cette année, cette notion a fait son chemin dans l’esprit et la conception des auteurs, et a donné naissance à d’excellents poèmes."

Mainichi TORU HAGA (Président of The Mainichi Newspapers Co., Ltd)


Copyright André Cayrel, 2010