575 - Revue de haïku

Revue trimestrielle de et autour du haïku.

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Rimbaud et Vangelis
Jean Dorval (Québec) présenté par Serge Tomé

'''La rencontre fondatrice de l’émission radiophonique'''

'''Haïku de foudre'''

Parfois l’inspiration croise le chemin de l’insolite et ainsi ne fait qu’un, en prenant comme témoin privilégié, l’enjambée d’un autre pas à franchir vers ce qui doit être l’itinéraire le plus sûr. Dans l’innommable.

La musique a de ses accents si accrocheurs avec certains mots qui sont déjà porteurs de rythmes et de sonorités insoupçonnées. La langue fait-elle sortir la musique de ses gongs? Un signe porté par le vers impair dénoue dans son propos tout en rapprochant les intuitions qui ont fait naître ses strophes messagères.

Elle est retrouvée
Quoi! L’éternité
C’est la mer allée
Avec le soleil

Je me vois encore à relire Arthur Rimbaud en ce soir, comme la musique sait nous envelopper et nous entraîner à travers des paysages que seul l’esprit new age pouvait inspirer. Je cherchais sans trop me formaliser un thème musical tout en navigant sur le Net. Je voulais rapidement répondre à un défi lancé à moi-même. Trouver en un laps de temps assez court, le titre et le thème musical pour une émission radio sur le haïku. Maints morceaux, dans ma tête me frôlaient les méninges. Le classique, le jazz et le semi- classique ne me satisfaisaient aucunement jusqu’à une certaine minute d’essoufflement, un repère entre les mots que je lisais non loin de ma table et l’écran s’aimanta pour ainsi dire à mon doigt, qui retenait l’instant sur ma souris tourneuse de sites sur le web sauveteur.

Pour aboutir à The Sea names Solaris de Vangelis. Je m’y arrêtai. Comme à une station. Sans doute Rimbaud me l’avait suggéré ou du moins soufflé dans l’oreille du lecteur en même temps que je lisais ou que j’apprenais à le relire. La lancée de ses mots en filigranes me l’avait probablement inspiré…enfin… Vangelis…un compositeur que je connaissais de nom comme tant d’autres sans avoir jamais eu le loisir de m’y intéresser. Je découvrais les premières mesures. Comme si l’eau de l’infini venait à moi. Les premiers mots d’un haïku ou d’un bref me poussait plus loin dans la profondeur. Vers l’instant sans doute…le plus sacré des instants…Vers l’origine du langage…à travers le haïku que je voulais célébrer.

Le haïku, son origine m’interpellait ainsi. Le goût du lointain entrait donc dans mon âme, de sorte que mon esprit s’y enlacerait pour l’éternité dans les bras de Dieu. Cependant la page de mon Rimbaud ne tournait pas. Elle demeurait fixe comme l’image de l’appareil photo qui conserve son négatif avant de s’illuminer dans le regard. C’est mon œil de gauche qui jetait son instant alors, entre les notes limpides de Vangelis. Ces gouttelettes qui répandaient aussi tous mes désirs.

Ce vivace moment interactif me fit basculer entre le génie verbal et le génie musical. Le lien de lecture qui s’imposait alors à moi, me pressait d’aboutir à un choix. Un doux choix qui offrait une originalité insoupçonnée. Prendre en charge le temps verbal et tourner sa montre avec la trotteuse crayonneuse des secondes du spectre lumineux.

De l’occident, l’orient se découvrir et surtout se reconnaître planétairement parlant. À travers les mots, leur analogie parlante, fuyante, subjuguant l’essentiel et l’insolite.

Le haïku, donc, avait trouvé son porte-voix….avec le réflexe d’y ajouter l’éclair dans le geste…. Le plus instantané. Avec la foudre. Ce qui permettrait de poursuivre une expérimentation verbale du mystère et de l’inattendu.

L’émission Haïku de foudre était née.

Elle est retrouvée
Quoi! L’éternité
C’est la mer allée
Avec le soleil

Jean Dorval

Août -Septembre 2006


Copyright Jean Dorval, 2010