575 - Revue de haïku

Revue trimestrielle de et autour du haïku.

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575 : vers un constat d'échec ?
Serge Tomé (Belgique)

La revue 575 était basée sur un concept de participation collective. Elle était conçue comme une plate-forme de publication d'idées, de vues originales, de bases de réflexions. L'idée était de tester si la seule disponibilité d'une plate-forme susciterait les initiatives et permettrait à des auteurs de se lancer comme éditeurs responsables d'une section qu'ils animeraient. Afin de donner une coloration différente à chaque numéro, il était prévu qu'un auteur l'animerait en présentant ses choix de haikus, ses auteurs favoris, ses idées et réflexions.

Les débuts ont été bons. Deux auteurs ont rendus exceptionnels les numéros qu'il/elle ont animés. Daniel Py et Meriem Fresson, qui seule a continué, ont tenu des sections importantes. Meriem a véritablement été l'âme de cette revue.

Mais il faut se rendre à l'évidence, la mobilisation n'a pas été au rendez-vous.

Comment analyser cet échec ?

  • Le concept de plate-forme ne suffit pas pour attirer les bonnes volontés.
  • L'hypothèse que beaucoup d'auteurs ont des choses à dire, à argumenter en public me semble fausse. Est-ce parce qu'ils n'ont rien à dire ou parce qu'ils n'osent pas le dire publiquement de peur de s'avancer sur la scène médiatique ?
  • Chacun préfère lire le travail que ferait les autres. Nous sommes une société des "reluqueurs" plutôt de "parleurs", à moins bien-entendu que l'on ne parle de soi. Voir par là l'engouement des "réseaux sociaux"...
  • L'hypothèse de la force de la liberté de diffusion des idées me semble aussi mal évaluée, voire appréciée. Le temps n'est pas encore mûr pour que l'auteur se rende compte que c'est lui le propriétaire exclusif de ses idées, de son travail et non l'éditeur papier. Le pouvoir des fourches caudines de l'éditeur conserve toujours son attirance.
  • Le mythe du papier reste tenace. L'idée que rien ne peut se faire sans y passer éloigne les auteurs qui se "réservent à mieux". Avec plus de 1500 livres à la maison, on ne peut pas dire que je sois adversaire de ce media. Mais je pense qu'il y a d'autres voies complémentaires à explorer. Des voies souvent plus efficaces pour diffuser large et promouvoir les auteurs avant de laisser des traces à long terme, ou créer des objets de plaisir sur le papier.
  • Chacun est occupé dans son coin et se défile lorsqu'on l'invite.
  • La concurrence d'autres revues. En fait, il n'y en a qu'une autre en électronique. Vraisemblablement mieux menée. Cela mènerait à la conclusion que la communauté francophone est si petite, qu'elle manque tellement d'auteurs capables de s'exprimer et d'argumenter qu'une seule revue épuise le marché et l'attention...
  • Une revue d'opinions n'intéresserait que peu de monde. Possible... Pourtant, certains lecteurs sont enthousiates. La question revient alors sur la dimension trop petite du monde francophone pour une revue orientée réflexions et non techniques d'écriture. Des revues comme il en existe plusieurs dans la communauté anglophone, plus importante et historiquement de plusieurs décennies en avance sur nous. Une autre interrogation se poserait aussi. La communauté francophone serait-elle toujours "le nez dans le guidon" ? Toujours à appréhender les techniques sans être encore parvenue à la maturité qui fait apparaître les questionnements ?
  • La structure légère, adaptée aux projets sur l'internet, ne s'encombre pas des lourdeurs administratives (statuts, règlements, appelation, postes...). Elle a testé la maturité d'une communauté à appréhender les nouveaux modes de travail, de relation, de construction entre personnes d'égal à égal qui émergent sur l'internet. Loin d'être des utopies, ils ont donné naissance à des projets majeurs qui changent le monde (Wikipedia, GNU, Linux Debian...). Cette approche a du sembler peu rassurante et difficile à appréhender par la communauté francophone. Je remercie vraiment ceux/celles qui ont tenté l'expérience avec moi et j'espère qu'ils/elles en auront tiré inspiration malgré les difficultés rencontrées.

D'autres hypothèses ? Des pistes, des idées pour continuer l'exp?rience ?

Envie de participer ?

Contactez nous (Meriem et moi) à : serge_tome CHEZ yahoo.fr


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